En cette rentrée académique de septembre, l’Université d’Eastbay ne se contente pas d’accueillir ses nouvelles promotions d’élèves au Lycée et d’étudiants à l’Université. Nous inaugurons une discipline qui, selon nous, est devenue non seulement stratégique, mais vitale pour comprendre la Côte d’Ivoire contemporaine. Nous annonçons le lancement du MSc “Communication, Société Numérique et Influence”.
Ce programme n’est pas une simple formation en communication ou en marketing digital. C’est une réponse académique directe à un constat que nous avons fait en menant nos propres recherches sur le terrain, notamment via le “Projet Agora-Koumassi”.
Nous avons réalisé une chose. Ces dernières années, à l’Université d’Eastbay, nous sommes devenus experts dans la construction d’outils pour la société numérique : nos ingénieurs ont développé des prototypes FinTech, nos designers ont conçu des plateformes e-commerce, et nos analystes de données ont cartographié les flux de transport.
Cependant, une “imperfection” majeure est apparue : nous avons construit les “autoroutes” (l’infrastructure technique), mais nous n’avions pas encore les outils académiques pour analyser ce qui circule dessus : les discours, les narratifs, les rumeurs et les stratégies d’influence qui façonnent la société abidjanaise.
Dans une ville hyper-connectée comme Abidjan, une rumeur sur WhatsApp peut impacter la stabilité d’un produit FinTech plus rapidement qu’une faille de code. Les “influenceurs” sont devenus des acteurs économiques aussi puissants que les canaux de distribution traditionnels que nous étudions en MSc de Commerce.
Nous ne pouvions plus ignorer cette réalité.
Le nouveau MSc “Communication, Société Numérique et Influence” est donc une fusion audacieuse entre notre Pôle Informatique (Data Science) et notre Pôle Sciences Sociales (Sociologie). C’est, pour le dire simplement, la naissance de notre département de Sciences Sociales Computationnelles.
Que vont apprendre concrètement nos étudiants ?
Ce programme hybride formera une nouvelle génération d’analystes capables de maîtriser à la fois la technologie et la théorie critique.
- L’aspect “Science des Données” (Pôle Informatique) : Les étudiants ne se contenteront pas d’utiliser des logiciels d’analyse de médias sociaux. Ils apprendront à les construire. Le cœur du programme technique sera le Traitement Automatique du Langage Naturel (NLP). Mais il y a un défi majeur : les modèles de langage globaux (comme ceux utilisés par les géants de la tech) échouent à comprendre les subtilités locales. Un axe majeur du MSc sera donc le développement de modèles NLP spécifiquement entraînés pour le Nouchi (l’argot ivoirien) et les variations locales du français. Nos étudiants apprendront à “scraper” (collecter) des données textuelles à grande échelle sur les forums, les réseaux sociaux et les médias, puis à appliquer des analyses de sentiments et de thématiques (“topic modeling”) qui soient culturellement pertinentes.
- L’aspect “Sciences Sociales” (Pôle Sociologie) : La technologie seule est aveugle. Une analyse de sentiments peut vous dire qu’un discours est “négatif”, mais elle ne vous dit pas pourquoi, ni quel contexte historique ou social il active. Nos étudiants seront donc formés à la sociologie des médias, à l’éthique de la collecte de données, et à l’analyse critique du discours. Ils ne se demanderont pas seulement “Qu’est-ce qui est dit ?”, mais “Qui parle ?”, “Au profit de qui ?”, et “Quels sont les non-dits ?”.
L’Observatoire du Discours Numérique (ODN)
Le projet phare de ce Master sera la création de l’ODN, un observatoire permanent au sein de l’université. Ses premières missions seront de cartographier, en temps réel, des phénomènes cruciaux pour l’économie et la société ivoiriennes :
- L’analyse de la propagation des rumeurs dans le secteur financier (ex: fausses nouvelles sur la liquidité d’une banque ou le crash d’un service de Mobile Money).
- L’étude de l’efficacité des campagnes de santé publique (ex: vaccination) face aux discours de désinformation.
- La cartographie des réseaux d’influence qui structurent l’économie créative (mode, musique), en lien avec nos recherches précédentes sur ce secteur.
Avec ce MSc, l’Université d’Eastbay complète sa mission. Nous ne formons plus seulement ceux qui construisent le numérique ivoirien ; nous formons ceux qui le comprennent et peuvent l’analyser de manière critique.
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