À l’Université d’Eastbay, notre identité s’est bâtie sur la résolution de problèmes concrets. Nos ingénieurs conçoivent des solutions de drainage pour Koumassi, nos designers repensent l’infrastructure numérique de l’économie créative, et nos informaticiens ont développé des prototypes FinTech pour le micro-crédit. Dans presque tous nos succès récents, un acteur est omniprésent : l’économie informelle.
Nous avons, il faut l’admettre, abordé cet acteur vital avec nos propres outils, en supposant connaître ses besoins. Nous avons cherché à lui fournir des applications, des systèmes de paiement et des plateformes logistiques. Mais en ce début d’année, nous posons une question plus fondamentale, peut-être avec une humilité que nous aurions dû avoir plus tôt : avons-nous vraiment compris le fonctionnement intime, la logique sociale et les aspirations réelles de cet écosystème ?
La réponse honnête est : pas suffisamment. C’est pourquoi l’Université d’Eastbay annonce aujourd’hui le lancement du “Projet Agora-Koumassi”, la plus vaste étude longitudinale jamais entreprise par notre institution.
Cette initiative n’est pas menée par nos pôles technologiques, mais par nos Pôles de Sciences Sociales et Communication et de Commerce et Management International. L’objectif n’est pas de construire ; l’objectif est d’écouter.
Le “Projet Agora-Koumassi” est une étude de cohorte qui suivra, sur une période de trois ans, un panel de 200 micro et petites entreprises (MPE) de notre commune. Le panel est diversifié, incluant des “maquis” (restaurants de plein air), des ateliers de couture, des mécaniciens “de rue”, des coiffeuses et des commerçants du grand marché.
Ce qui rend ce projet unique, c’est sa méthodologie. Nous dépassons la simple enquête quantitative.
Nos étudiants de Licence en Sociologie, encadrés par leurs professeurs, vont mener des entretiens semi-directifs approfondis et, pour certains cas, de l’observation participante. Nous ne voulons plus seulement savoir combien ils gagnent ; nous voulons savoir comment ils le gèrent. Quelle est la part réelle du Mobile Money par rapport au cash ? Comment les “tontines” (systèmes d’épargne rotatifs) s’articulent-elles avec les besoins d’investissement ? Pourquoi un entrepreneur refuse-t-il un micro-crédit FinTech, préférant un prêt familial à taux élevé ? La réponse est souvent sociale, pas financière.
En parallèle, le Pôle Commerce analysera la gestion réelle de ces entités. Nos étudiants en MSc International Business, qui étudient habituellement les chaînes logistiques mondiales, vont décortiquer les chaînes d’approvisionnement hyper-locales. Comment un mécanicien s’approvisionne-t-il en pièces détachées ? Comment un “maquis” gère-t-il ses stocks de denrées périssables sans système de gestion formel ?
La question centrale qui motive cette étude est celle de la “formalisation”. Depuis des décennies, le discours dominant postule que la formalisation (enregistrement, paiement des impôts, bancarisation) est la clé du développement.
Notre hypothèse est que ce n’est peut-être pas si simple. Nous cherchons à savoir ce qui motive réellement un entrepreneur à se formaliser. Est-ce un accès au crédit ? La peur du contrôle fiscal ? Ou un désir de statut social ? Et surtout, la formalisation est-elle toujours un succès ? Nous suspectons que le modèle le plus résilient n’est ni le 100% informel, ni le 100% formel, mais une “hybridation stratégique” que nous devons encore définir.
Cette étude longitudinale de trois ans n’a pas qu’un but académique. Elle servira de fondation à tous nos autres pôles. Les données sociologiques et managériales que nous collecterons nourriront directement nos ingénieurs FinTech. Elles permettront à notre Pôle Design de créer des interfaces UX qui ne reflètent pas nos préjugés, mais la réalité vécue par les utilisateurs.
Avec le “Projet Agora-Koumassi”, l’Université d’Eastbay cesse de simplement observer l’économie informelle depuis son campus ; nous y entrons, avec des carnets de notes plutôt qu’avec des lignes de code.
Leave a Reply