Le mois de juin à l’Université d’Eastbay n’est pas seulement synonyme d’examens ; il est le théâtre de la synthèse. C’est le moment de notre “Grand Jury”, un rite de passage où la théorie accumulée pendant l’année doit se transformer en une compétence démontrée.
Cette année, nous avons décidé de relever le niveau d’exigence. Nous avons brisé les silos académiques traditionnels pour organiser un jury conjoint, le plus ambitieux à ce jour, réunissant nos finissants de Licence 3 du Pôle Ingénierie (parcours Génie Civil) et du Pôle Design Numérique et Arts Visuels.
Le défi qui leur a été lancé n’était pas un cas d’école abstrait. C’était un problème réel, complexe et situé à quelques pas de notre campus : la réhabilitation de l’espace public autour du “Grand Carrefour de Koumassi”.
Pour quiconque vit ici, cet espace est un “nœud” de défis. C’est un point névralgique de la mobilité (taxis Woro-Woro, gbaka, piétons), un centre de commerce informel vibrant, mais aussi une zone sujette aux inondations pendant la saison des pluies et manquant cruellement d’espaces publics lisibles et sécurisés.
La question était simple : comment transformer le chaos en cohésion ?
Pendant trois mois, nos étudiants ont travaillé en équipes mixtes, confrontant leurs méthodologies.
Les étudiants en Génie Civil, s’inspirant des travaux de leurs professeurs sur les infrastructures durables (notamment le Prof. Daouda Bamba), ont d’abord abordé le “hardware”. Ils ne se sont pas contentés de proposer un nouveau plan de voirie. Ils ont mené des analyses géotechniques pour proposer des solutions de drainage innovantes, en l’occurrence des “chaussées perméables” utilisant des agrégats locaux pour mieux gérer les eaux de pluie – un problème chronique à Abidjan. Ils ont modélisé les flux pour optimiser la séparation entre les véhicules motorisés et les piétons, en se concentrant sur la résilience et la durabilité matérielle.
Mais un espace efficace n’est pas encore un espace humain.
C’est là que le Pôle Design est intervenu, apportant le “software” humain. Les étudiants en Design Numérique n’ont pas simplement “décoré” le projet des ingénieurs. Ils ont mené une recherche ethnographique approfondie, interviewant les commerçants de rue, les mères de famille et les chauffeurs de taxi pour comprendre l’usage réel de l’espace.
Le résultat ? Ils ont conçu un système de “mobilier urbain modulaire” intelligent. Il ne s’agit pas de simples bancs, mais de structures qui servent à la fois d’abris-bus, de kiosques sécurisés pour les vendeurs (en s’intégrant aux propositions d’ingénierie) et de zones d’ombre. S’appuyant sur l’expertise UX du pôle (Dr. Leclerc) et l’identité visuelle (Mme Gomis), ils ont développé une signalétique claire et intuitive, utilisant des icônes simples et des codes couleur pour guider les flux de personnes d’une manière non coercitive.
Le jour du Grand Jury, la présentation était spectaculaire. Le jury, composé d’architectes professionnels, d’urbanistes de la municipalité et de nos propres professeurs, n’a pas vu deux projets distincts.
Ils ont vu une solution unique. Ils ont vu des modèles 3D où la signalétique des designers était directement incrustée dans les pavés drainants des ingénieurs. Ils ont vu comment les structures de gestion de l’eau proposées par le Génie Civil servaient de fondation aux espaces de repos conçus par les designers.
Ce projet conjoint “Béton et Pixels” est peut-être imparfait – il reste un exercice académique. Mais il est la preuve vivante de la philosophie de l’Université d’Eastbay. Nous ne formons pas des ingénieurs qui ne comprennent que le béton, ni des designers qui ne comprennent que les pixels. Nous formons une nouvelle génération de professionnels ivoiriens qui comprennent que pour bâtir la ville de demain, il faut savoir bâtir ensemble.
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