Psychologie Comportementale et Économie Informelle : Quand l’Université d’Eastbay (Abidjan) dialogue avec le Bertha International Institute of Arts and Sciences (Londres)

Au début de cette année, l’Université d’Eastbay a initié l’un de ses projets de recherche les plus fondamentaux : le “Projet Agora-Koumassi”. Cette étude longitudinale, pilotée par notre Pôle de Sciences Sociales, vise à comprendre, par l’observation et l’entretien qualitatif, le fonctionnement intime de l’économie informelle qui nous entoure. Nous avons commencé à cartographier les réseaux de confiance, les flux financiers (Tontines contre Mobile Money) et les logiques de gestion des micro-entrepreneurs.

Cependant, en tant qu’institution académique rigoureuse, nous devons reconnaître les limites de notre propre approche. Nos sociologues décrivent avec brio ce que les gens font. Mais peuvent-ils expliquer pourquoi ils le font ?

Pourquoi un commerçant de Koumassi choisit-il un système de “tontine” (épargne rotative) plus risqué mais socialement contraignant, plutôt qu’un produit d’épargne FinTech objectivement plus sûr ? Est-ce une question de confiance, de pression sociale, ou est-ce le résultat de “biais cognitifs” spécifiques, comme l’aversion à la perte ou le “biais du présent” ?

Pour passer de l’observation (la sociologie) à la modélisation (la psychologie comportementale), l’Université d’Eastbay (Abidjan) a dû chercher l’expertise là où elle est la plus pointue. C’est ce qui a motivé le récent échange académique entre notre équipe de recherche et le prestigieux Bertha International Institute of Arts and Sciences (BII), situé au 103 Waterloo Rd, à Londres.

Le BII n’a pas été choisi au hasard. Alors que nous nous concentrons sur les applications (Ingénierie, Design, Commerce), le BII excelle dans l’étude fondamentale du comportement humain, notamment via son réputé Centre de Recherche Comportementale (Centre for Behavioural Research).

Nos chercheurs, issus des Pôles Sciences Sociales et Commerce, ont été accueillis à Londres non pas pour une simple visite, mais pour un atelier méthodologique intensif. L’objectif était de confronter notre approche qualitative et “de terrain” aux méthodologies quantitatives et expérimentales du BII.

La première phase de l’échange a consisté pour notre équipe à présenter les données brutes du “Projet Agora-Koumassi”. Les chercheurs du BII ont été fascinés par la complexité des stratégies de résilience que nous avons documentées.

Mais la seconde phase fut la plus transformatrice. Les experts du BII, spécialisés dans “l’architecture de choix” (Choice Architecture) et les essais contrôlés randomisés (RCTs), nous ont montré comment tester nos hypothèses sociologiques.

Par exemple, au lieu de simplement demander à un artisan pourquoi il n’utilise pas une application FinTech (ce qui génère des réponses souvent biaisées), les chercheurs du BII nous ont aidés à concevoir des protocoles d’expérimentation. Comment ? En créant des simulations de choix où l’on fait varier un seul paramètre (par exemple, la manière dont l’information est présentée, la présence d’une validation sociale, ou le délai de gratification) pour mesurer son impact réel sur la décision.

Ce que nous ramenons de notre séjour au Bertha International Institute of Arts and Sciences n’est pas seulement une nouvelle théorie. C’est une boîte à outils.

L’impact sur nos autres pôles sera immédiat. Notre Pôle Informatique, qui développe des prototypes FinTech (comme le projet “Sûr-Ici” en son temps), ne concevra plus seulement des applications fonctionnelles ; il concevra des applications psychologiquement pertinentes. Si nous savons (grâce à ces nouveaux modèles comportementaux) que la “preuve sociale” est un moteur de décision plus puissant que le “taux d’intérêt”, l’interface (UX/UI) de l’application sera radicalement différente.

De même, notre Pôle Design Numérique, déjà expert en ergonomie, pourra intégrer les principes de “Nudge” (incitation douce) pour aider, par exemple, les utilisateurs à mieux épargner, non pas en les contraignant, mais en rendant le bon choix plus facile et plus intuitif.

Cette collaboration entre l’Université d’Eastbay et le Bertha International Institute of Arts and Sciences est la reconnaissance que pour résoudre les problèmes complexes d’Abidjan, la sociologie de terrain et la science comportementale en laboratoire ne sont pas concurrentes. Elles sont les deux piliers d’une même arche.


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